Mobilisation des Ehpad : "La société se doit de prendre soin de ses aînés"

A Poitiers, près de 200 personnes ont participé au rassemblement en soutien au personnel des Ehpad du département, en grève pour la première fois.

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Une banderole posée au bord d'un trottoir dit tout ou presque : Un agent = un résident. On est loin de ce compte dans les Ehpad et, hier, les personnels des maisons de retraite, surmenés, ont observé un mouvement de grève. Lequel, malgré le battage médiatique et l'unité syndicale, n'a pas connu le succès populaire escompté devant les grilles de la préfecture à Poitiers avec moins de deux cents personnes.
IMG_20180130_134833.jpg Ce qui ne remet nullement en cause sa légitimité pour un véritable enjeu de société, le vieillissement de la population. « On entend que l'Etat n'a pas d'argent mais ce sont des humains qu'on a en face de nous au quotidien, souffle Séverine, infirmière dans une maison de retraite. Eux se sont battus pour nos droits et c'est quand même problématique de ne pas pouvoir répondre à leurs attentes, à savoir les soigner et les nourrir normalement. » IMG_20180130_151501.jpg " Ce sont des humains qu'on a en face de nous " L'épouse de Richard, atteinte de la maladie d'Alzheimer depuis dix ans, séjourne dans un Ehpad de Poitiers. « Je me suis longtemps occupé d'elle mais il est arrivé un moment où je ne pouvais plus tout concilier, souligne ce syndicaliste de l'UNSA. Le personnel est très dévoué mais au bord de l'épuisement physique. Revendiquer qu'il soit plus nombreux, c'est une demande réaliste. Il faudrait aussi proposer aux résidents un véritable pôle d'activités culturelles. »
IMG_20180130_151716.jpg Serge Rivet, membre du conseil d'orientation de l'Ehpad de Smarves, se veut le porte-parole des familles. « Les associations réclament la diminution du reste à charge supporté par les personnes résidantes. Dans la Vienne, il est évalué de 1800 à 2300 €, voire plus. Le département applique un tarif dépendance de 5,72 € contre 8 € dans la Creuse à titre de comparaison. C'est le moins disant. Combien de places sont dédiées à l'Aide Sociale, pour ceux ou celles qui n'ont pas les moyens de payer ? » Les élus ne se bousculent pas au portillon. Le conseiller régional Benoît Tirant, aide-soignant, le remarque. « J'ai annulé un rendez-vous pour être présent au côté du personnel et des familles. La société se doit de prendre soin de ses aînés. Ce sera notre tour demain d'être sur les lits... » IMG_20180130_152329.jpg



Fréjus, infirmier : " On aime ce qu'on fait " De temps à autre, il souffle dans sa trompe sans jamais perdre de sa bonne humeur avec ses voisins. Fréjus affiche cinq ans de boulot au compteur dans un Ehpad près de Poitiers. « Ce qu'on revendique, claironne-t-il, c'est d'avoir davantage de moyens pour les soins. Il manque beaucoup de personnel pour prendre le temps de s'occuper des résidents, d'échanger avec eux. Ils ressentent beaucoup de solitude et éprouvent le besoin de se confier. Pour les soins, on doit toujours aller de plus en plus vite. J'espère qu'on sera entendu. » Ils l'auraient été bien si la manifestation avait réuni plus de participants. « On est obligé d'avoir un service minimum dans nos établissements, sinon tous les collègues seraient venus, tempère Fréjus. Et ceux qui travaillent arborent un brassard sur lequel est marqué " En grève " ». Il affirme encore : « On aime ce qu'on fait mais il conviendrait de débloquer davantage de moyens financiers. Pour embaucher du personnel mais aussi revaloriser les salaires, assez dérisoires. »
L'ARS annonce des moyens et des postes en plus Pendant le rassemblement, l'intersyndicale a été reçue à la préfecture par les deux tarificateurs, à savoir le Département et l'Agence Régionale de Santé. Aude Guillard, directrice de la délégation départementale de la Vienne, souligne que « l'ARS est bien consciente du malaise et continuera de débloquer des crédits pour l'amélioration des conditions de travail. » « La réforme de la tarification mise en place ne conduira pas à réduire les effectifs des Ehpad, certifie-t-elle. Au contraire, on verra un renforcement des moyens. Pour la Vienne, qui regroupe 73 Ehpad pour 5.200 résidents environ et 3.200 postes, 237.000 de crédits supplémentaires destinés aux soins ont été accordés en plus de l'enveloppe de base. Cet accompagnement financier se poursuivra jusqu'en 2023. Entre 2012 et 2016, nous avons financé l'installation de 394 places pour 44 postes de professionnels en plus. Pour la période 2018-2021, 233 places supplémentaires verront le jour ce qui équivaudra à la création de 26 postes. » Des crédits à la formation à la bientraitance compléteront le dispositif.

Personnels "usés, stressés, à bout", familles et retraités solidaires... Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, mardi 30 janvier, dans toute la France, pour réclamer davantage de moyens et accompagner "dignement" les personnes âgées dépendantes. Une mobilisation inédite suivie par près d'un tiers des salariés des Ehpad. "Le taux de mobilisation", en comptant grévistes déclarés et personnels assignés, a atteint 31,8%, et "le taux de participation" (hors personnels assignés) 10,3%, selon la Direction générale de la cohésion sociale, qui dépend du ministère de la Santé. L'appel à débrayages lancé par une large intersyndicale (CGT, CFDT, FO, Unsa, CFTC, CFE-CGC et SUD), avec le soutien de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), a été suivi dans de nombreux établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) publics et privés. "Assez de la maltraitance"

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans de nombreuses villes de France : Bordeaux, Nantes, Rennes, Lyon, Strasbourg, Limoges, Perpignan, Lille ou encore Toulouse, Clermont-Ferrand, Tours, Châteauroux, Orléans, Blois et Chartres. Au moins 6 000 personnes étaient présentes, selon un décompte de l'AFP dans 18 villes. A Paris, ils étaient plusieurs centaines de manifestants à proximité du ministère des Solidarités et de la Santé, parmi lesquels Philippe Poutou (NPA), Philippe Martinez (CGT) et Laurent Berger (CFDT). "Pour la dignité et le respect de nos aînés et des professionnel.le.s, exigeons plus de moyens", proclamait une grande banderole. "Assez de la maltraitance", scandaient des manifestants. Une délégation reçue par le cabinet de la ministre des Solidarités et de la Santé est ressortie "déçue", disant n'avoir obtenu que "des non réponses". Près de 600 000 personnes vivent dans les 7 200 Ehpad français, selon le ministère de la Santé. Quelque 400 000 personnes y travaillent.

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